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2ème réunion des Présidents d'Assemblée parlementaire des pays composant le G8 Second Meeting of the parliamentary Presidents of the G8 Countries Paris - mardi 9 septembre 2003 ~ September 9, 2003
Cette réunion s'est déroulée à Paris, à l'invitation de M. Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale.
Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie __ Programme : 9h30 : Première
séance de travail - Les moyens de contrôle du Parlement A l'issue de la
séance, vers 12h30, photo officielle puis déjeuner à l'Hôtel de Lassay 14h30 : Deuxième
séance de travail - Le financement de la vie politique. Vers 16h30, à l'issue de la séance, point de presse. 20h00, dîner officiel à l'Hôtel de Lassay __ Participants ~ Delegation Members : M.Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale (France) M./Mr Wolfgang Thierse, Président du Bundestag (Allemagne) ~ President of the Bundestag
M./ Mr Peter Milliken, Président de la Chambre des Communes (Canada) ~ Speaker
of the House of Commons M./Mr Dennis Hastert, Speaker de la Chambre des Représentants (Etats-Unis) ~ Speaker of the House of Representatives M./Mr Pier Ferdinando Casini, Président de la Chambre des Députés (Italie) ~ President of the Chamber of Deputies M./Mr Tamisuke Watanuki, Speaker de la Chambre des Représentants (Japon) ~ Speaker of the House of Representatives Sir Alan Haselhurst, Vice-président de la Chambre des Communes (Royaume Uni) ~ Deputy Speaker of the House of Commons M./Mr Vladimir Loukine, Vice-président de la Douma d'Etat (Fédération de Russie) ~ Deputy Chairman of the State Duma Représentants des Ambassades ~ Members of Embassies : M. Helmut Elfenkaemper, chargé d’affaires (Allemagne) _____________________ © Assemblée nationale ________________
La deuxième rencontre des Présidents d’Assemblée
des pays membres du G8 s’est tenue à Paris, le 9 septembre 2003. Autour de M.
Jean-Louis DEBRÉ, Président de l’Assemblée nationale française, y ont
participé M. Wolfgang THIERSE, Président du Bundestag, M. Peter
MILLIKEN, Président de la Chambre des Communes du Canada, M. Dennis
HASTERT, Président de la Chambre des Représentants des Etats-Unis d’Amérique,
M. Pier Fernandino CASINI, Président de la Chambre des députés
italienne, M. Tamisuke WATANUKI, Président de la Chambre des
Représentants du Japon, Sir Alan HASELHURST, Vice-président
de la Chambre des Communes du Royaume-Uni et M. Vladimir LOUKINE,
Vice-président de la Douma d’Etat de la Fédération de Russie. Les discussions ont porté sur les deux
thèmes des moyens de contrôle du Parlement et du financement des activités
politiques. I - Première séance de travail : les
moyens de contrôle du Parlement M. Pier Ferdinando Casini,
chargé d’introduire ce thème de discussion a considéré qu’il convenait
de rénover les procédures traditionnelles de contrôle parlementaire en
évitant deux pièges, celui de développer essentiellement les pouvoirs d’enquête
des parlements et celui de privilégier la logique de conflit entre les
parlements et les gouvernements. Outre la procédure des questions, il a
évoqué le rôle des commissions permanentes – en particulier l’expérience
française des missions d’information – et l’exemple allemand permettant
à l’opposition d’obtenir la création d’une commission d’enquête. Il a
souligné l’importance des organes parlementaires spécialisés, tel l’ombudsman,
et celle du contrôle de la dépense publique pour lequel les pouvoirs du
Congrès américain sont exemplaires. Il a évoqué l’existence en Italie d’un comité
pour la législation, où majorité et opposition sont représentées de
manière paritaire, qui a pour mission de formuler des avis non sur l’opportunité
des projets de loi, mais sur leur qualité. M. Wolfgang Thierse
a estimé que les pouvoirs des parlements n’étaient pas fondamentalement
amoindris par la multiplication des commissions extraparlementaires, qui se
justifie par la technicité croissante des affaires publiques. Il insisté sur
les pouvoirs importants reconnus en Allemagne à la minorité dans le domaine
des commissions d’enquête. M. Jean-Louis Debré
a relevé d’autres originalités du système allemand, tels le droit pour le
Bundestag de convoquer des membres du gouvernement, le fait que la présidence
de la commission du budget soit présidée par un membre de l’opposition et l’existence
d’un organe spécialisé dans le contrôle des services de renseignement. S’exprimant à titre personnel, Sir Alan
Haselhurst a exposé que le gouvernement avait tendance à privilégier la
communication avec les médias plutôt qu’avec le parlement. Il a observé que
l’efficacité du contrôle parlementaire variait selon le poids de l’opposition
et s’est également interrogé sur l’influence en la matière du mode de
scrutin. Répondant à une question du Président
Debré, il a précisé que la procédure du question time permettait à
un parlementaire de poser une question communiquée à l’avance au
gouvernement, suivie d’une question supplémentaire. L’efficacité de cette
procédure dépend de la simplicité de la question et de la brièveté des
réponses. Alors qu’une trentaine de questions sont généralement
programmées, seules quatorze, en moyenne, sont effectivement posées au cours
du question time. A propos du système britannique, M.
Jean-Louis Debré a ajouté que chaque ministère était contrôlé par une
commission où majorité et opposition sont représentées paritairement. Il a
jugé particulièrement intéressant le fait que ce type de commission lance un
appel à témoignage par voie de presse et que le gouvernement ait l’obligation
de répondre à ses rapports dans un délai de deux mois. M. Dennis Hastert a
souligné que le Congrès disposait pleinement du pouvoir budgétaire et du
pouvoir législatif ce qui lui permettait de contrôler rigoureusement l’affectation
des crédits et l’élaboration de la législation. Les commissions permanentes disposent de
pouvoirs importants de contrôle qui leur ont permis notamment de superviser la
réorganisation de l’administration décidée après les attentats du 11
septembre. Elles disposent en particulier du pouvoir de faire comparaître tout
citoyen ou membre du gouvernement. M. Peter Milliken a
exposé les pouvoirs des différentes " hauts fonctionnaires du
parlement ", chargés de fournir des conseils et analyses objectifs et
indépendants tels le vérificateur général chargé d’études comptables et
générales, le commissaire à la protection de la vie privée, le directeur
général des élections et le commissaire aux langues officielles. Ces
personnalités disposent d’une grande indépendance et de pouvoirs de
contrôle étendus sur l’administration. Il a également expliqué que la durée des
questions et des réponses lors du question time était rigoureusement
contrôlé : les orateurs disposent de trente-cinq secondes ce qui permet
de traiter une quarantaine de questions par séance. M. Tamisuke Watanuki a
évoqué les modalités du contrôle parlementaire exercé sur l’administration.
Chaque ministère est contrôlé par une commission permanente à travers des
auditions, des enquêtes sur place, le recours à des experts. Il existe en
outre une commission du Règlement comptable et de la supervision
administrative. M. Vladimir Loukine a
expliqué que si la constitution russe accordait des prérogatives importantes
au pouvoir présidentiel, le contrôle du budget était le point fort du
contrôle parlementaire en Russie, en particulier grâce à la Chambre des
comptes dont les membres sont désignés par la Douma et le Conseil de la
Fédération. En revanche, ce contrôle est insuffisant dans les domaines de la
politique étrangère et du maintien de l’ordre. Les présidents ont ensuite répondu à deux
questions de M. Jean-Louis Debré relatives à l’autonomie dont disposent les
assemblées dans la détermination de leur budget et le recrutement de leur
personnel et aux droits de l’opposition quant à la fixation de l’ordre du
jour. Si tous les présidents ont déclaré que
leurs assemblées disposaient d’une large autonomie financière et
administrative, leurs déclarations ont fait apparaître de grandes différences
s’agissant des droits de l’opposition. Au Canada et au Royaume Uni, une
vingtaine de jours de séance sont réservés aux débats demandés par l’opposition ;
le Congrès des Etats-Unis est essentiellement un parlement législatif qui n’accorde
que peu de temps aux débats généraux ; dans les autres parlements, l’ordre
du jour est élaboré par des organes où les groupes de l’opposition sont
représentés. II - Deuxième séance de travail : le
financement de la vie politique M. Dennis Hastert a
tout d’abord proposé d’organiser le prochain sommet du G8 parlementaire en
septembre 2004 aux Etats-Unis, un thème de travail pouvant être l’impact des
nouvelles technologies sur le travail parlementaire. M. Jean-Louis Debré a
estimé que la question de la place des parlements dans le cadre de la
mondialisation appelait une prise de position future des présidents d’assemblées
parlementaires des pays du G8, notamment du point de vue de la légitimité et
de la place des élus nationaux dans un monde sans frontières. M. Peter Milliken a
indiqué que la question du financement politique avait été au centre des
débats au Canada au cours des années récentes. La première étape a
consisté à limiter les dépenses, à prévoir la divulgation des contributions
versées, à établir un système de financement public partiel et à
réglementer le temps d’antenne des partis et des candidats. Une nouvelle loi qui doit entrer en vigueur le
1er janvier 2004, fait désormais interdiction aux personnes morales
et aux syndicats de verser des contributions aux partis et aux candidats aux
élections, limite les contributions individuelles et améliore le financement
public pour contrebalancer la limitation du financement privé ; il est en
effet apparu nécessaire de tempérer les inégalités entre candidats et de
renforcer la transparence des financements. Un encadrement est également imposé aux
dépenses engagées par les candidats à la direction et à l’investiture au
sein des partis politiques. M. Dennis Hastert a
souligné que la législation applicable aux Etats-Unis était très différente
de celle applicable au Canada : pour l’essentiel, le financement des
élections américaines provient en effet de sources privées. Un des effets
problématiques de cette législation est la dépendance des candidats
vis-à-vis de financeurs privés, qui poursuivent leurs propres intérêts.
Depuis novembre 2002, la participation directe des syndicats ou des entreprises
dans les élections fédérales est néanmoins prohibée, modification de la
législation à laquelle il était personnellement opposé. Sir Alan Haselhurst
a indiqué qu’au Royaume-Uni est organisé un financement public de l’action
politique, visant notamment à aider à l’élaboration de programmes de
gouvernement par les partis. Il n’existe cependant pas au Royaume-Uni de
financement direct des partis par l’Etat, qui heurterait les électeurs
majoritairement peu désireux d’aider les formations auxquelles ils n’adhèrent
pas. Plus important est de mobiliser l’opinion publique sur l’importance de
l’action politique pour la collectivité. M. Pier Fernandino Casini
a rappelé que les partis politiques italiens bénéficiaient d’aides
publiques en proportion du nombre de voix rassemblées. En principe, les partis
sont tenus d’investir au moins 5 % de l’aide publique reçue à des
actions en faveur de la participation des femmes à la vie politique — un
dispositif qui n’a pas véritablement atteint ses objectifs et qui reflète
une logique contestable de partition par catégories. Le législateur a également décidé de
mettre en place un plafond de dépenses pour les campagnes électorales, qui ne
suffit probablement pas à garantir la moralité de la vie publique. M. Tamisuke Watanuki
a indiqué qu’au Japon, les contributions directes au profit de candidats
doivent être rendues publiques, de même que les aides de l’Etat aux partis
politiques. M. Wolfgang Thierse
a distingué le financement des groupes parlementaires et celui des partis
politiques. Les groupes parlementaires bénéficient d’une aide publique,
majorée au bénéfice des groupes d’opposition, qui s’ajoute aux
indemnités reçues par les parlementaires pour rémunérer leurs
collaborateurs. Les fondations, financées pour l’essentiel sur fonds publics,
participent au rayonnement national mais ne contribuent pas au financement des
partis. L’obligation constitutionnelle faite aux
partis de rendre compte de l’origine de leurs ressources, dont le Président
du Bundestag est le garant, conduit à rechercher la plus grande transparence de
leurs comptes, notamment à travers la publication des montants des donations
reçues et noms des donateurs et la répression pénale d’éventuelles
infractions. Le financement des partis repose sur les contributions de ses
membres, les dons et une aide de l’Etat, liée au nombre de voix obtenues lors
des consultations électorales. Celle-ci ne saurait rester que subsidiaire et
est donc plafonnée à 30 % du total des ressources. M. Vladimir Loukine
a souligné que les élections en Russie se rapprochaient de plus en plus des
pratiques occidentales, notamment allemandes. Les partis et candidats doivent
désormais mobiliser des moyens importants pour financer les campagnes, ce qui
est notamment un obstacle au renouvellement de la classe politique. Le risque existe d’une confusion dangereuse
entre responsables politiques et oligarques, détenteurs du pouvoir économique,
comme l’atteste la difficulté à faire adopter par le Parlement une loi sur
les groupes de pression. Une meilleure transparence, une concentration
et une répartition des moyens au niveau de la Fédération apparaissent
souhaitables. M. Jean-Louis Debré a
estimé que les débats démontraient la complexité de la question du
financement, qui donne toujours prise aux arguments des populistes. L’octroi de moyens financiers
supplémentaires ne suffit pas à remédier au désintérêt de nos concitoyens
pour la vie politique et parlementaire. Il s’est donc interrogé sur le moyen
de mieux faire connaître les travaux de ces institutions vivantes que sont les
parlements nationaux, lieux par excellent de la démocratie. M. Wolfgang Thierse a
précisé que le Bundestag disposait d’une chaîne parlementaire, qui
retransmet les débats en séance publique, et éditait une série de
publications. M. Dennis Hastert a
évoqué la chaîne C-Span qui retransmet les auditions réalisées par les
commissions au Congrès et bénéficie, à ce titre, d’une audience non
négligeable. Sir Alan Haselhurst
a indiqué qu’il existait également une chaîne parlementaire en
Grande-Bretagne, dont la diffusion restait cependant confidentielle parce que sa
réception exige de disposer d’une antenne de réception satellitaire. Il a jugé qu’il serait intéressant de
mettre en place des programmes de sensibilisation destinés aux enfants, visant
à réhabiliter l’activité politique et lui donner un visage plus humain. M. Vladimir Loukine
a précisé que l’équivalent de C-Span n’existait pas au sein de la
Fédération de Russie. Il a observé que le contrôle de l’Etat sur
les quatre principales chaînes de télévision était susceptible de porter
atteinte au pluralisme et de menacer l’indépendance des journalistes.
Inversement, il s’est inquiété des risques d’une présentation
caricaturée des débats parlementaires ou de la diffusion d’images d’altercations
au sein d’un pays qui n’a accédé que récemment à la démocratie. _______________________ Copyright Assemblée nationale |